germinance
 
imprimer la page Envoyer la page chercher
Accueil > Le jardinage bio > Mieux connaître les plantes potagères > 1 - Les particularités des plantes potagères

1 - Les particularités des plantes potagères

Précisons tout d’abord que je n’utiliserai pas le terme de ‘’légume’’ bien qu’il figure dans le titre de ce colloque : ce terme renvoie plutôt à la partie utilitaire, récoltée et consommée. Je préfère utiliser ici le terme de ‘’plante potagère’’ qui renvoie aux plantes entières dans toute leur intégrité et leur globalité d’êtres vivants. Je présenterai d’abord quelques réflexions que je me suis faites à leur sujet puis nous nous interrogerons sur leur passé et sur leur avenir à travers le processus de domestication. Et, en fait de bilan des connaissances, je présenterai plutôt un bilan des méconnaissances, un bilan des interrogations et des hypothèses. Mais il est vrai, comme l’a souvent dit Gaston Bachelard, que la science commence par l’étonnement. Alors étonnons-nous ensemble !

Comme le faisait remarquer Goethe, cet éminent botaniste à tort sous estimé car mal compris : le plus difficile, c’est de voir ce qu’on a tous les jours sous les yeux. Bien que très présentes dans l’alimentation humaine sous presque toutes les latitudes, les plantes potagères sont bien mal connues et on s’interroge finalement assez peu sur elles. Ce sont pourtant des compagnes très proches de l’homme ; elles appartiennent souvent à son environnement immédiat. Contrairement aux plantes dites ‘’de grandes cultures’’, les plantes potagères ne sont pas cultivées que par les agriculteurs, que par des professionnels. Elles sont aussi cultivées par des amateurs, les jardiniers et aussi par les enfants. Leur culture ne s’étend pas seulement à la campagne mais on les cultive aussi à la périphérie des villes ( ceintures vertes maraîchères ) et même en plein cœur des villes. Dans certaines villes, elles sont même, depuis peu, utilisées comme plantes décoratives ce qui confirme leurs indéniables qualités esthétiques. Leur culture ne se cantonne donc pas seulement dans les champs, elles s’approchent aussi tout près des maisons, dans ces fermes en miniature que sont les jardins, parfois même elles s’installent sur les balcons et terrasses. De ce point de vue, elles méritent plus que toutes autres le qualificatif de ‘’domestiques’’ ( du latin domus = la maison ).

Malgré cette proximité, elles gardent un statut bien modeste. Ainsi, bien souvent, le potager se cache derrière la maison et là, fréquemment, il se réfugie derrière une haie ! Dans certains lotissements, il est même parfois interdit ! !

Cet humble statut se retrouve du côté des botanistes où les potagères semblent délaissées au profit des plantes sauvages les plus rares. On peut illustrer cette situation en évoquant les problèmes de dénomination en français de plusieurs espèces potagères. Les plantes sauvages communes, ont, en général, un nom français bien précis. Pour certaines potagères c’est plus flou et ce jusque dans le catalogue officiel des variétés potagères édité chaque année par le GNIS !

- Quel est le nom français de Cichorium endivia ? chicorée scarole ou chicorée frisée, qui sont en fait des dénominations de type variétaux ?

- Et celui de Cichorium intybus ? MM Pitrat et Foury dans leur ouvrage récent ( Pitrat & Foury, 2003 ) proposent ‘’chicorée sauvage’’ curieuse dénomination pour une espèce qui est largement cultivée. Le catalogue GNIS est hésitant : on trouvait ‘’chicorée à feuilles’’ ( très original pour désigner une plante !) puis ‘’chicorée à larges feuilles’’.

- Même problème avec les concombres et les cornichons, les piments et les poivrons, les betteraves et les bette cardes, les courges et les courgettes. Donc pas de nom français d’espèce pour ces plantes communes, mais des noms de types variétaux ou de cultigroupes.

- Pour terminer il y a la confusion très répandue entre les courges et les potirons sur laquelle je n’insiste pas, le mot courge désignant souvent toutes les espèces du genre cucurbita.

Remarquons que, chez les légumes, le même mot désigne l’espèce et l’organe récolté : tomate, carotte, etc. ce qui n’est pas le cas chez les arbres fruitiers et ce qui peut entraîner des confusion supplémentaires.

Une autre spécificité des plantes potagères a trait à l’organe récolté. Des champs et des vergers viennent les fruits et les graines qui nous nourrissent, y compris après transformation en farine et en huile, mais pas de racines ni de feuilles. On trouve bien quelques plantes potagères à fruits ou à graines mais, fait notable, hormis la fève et le pois, ce sont toutes des plantes exotiques d’introduction récente en France. Celles-ci appartiennent à trois familles seulement : les fabacées ( anciennement légumineuses, tel le haricot ), les cucurbitacées ( courges, melon, concombre, etc.), et les solanacées. Actuellement, ce sont ces plantes qui fascinent le plus les jardiniers et les collectionneurs de variétés anciennes ou rares.

Les autres plantes potagères qui ne bénéficient pas, pour le moment, du même engouement que les légumes fruit, nous fournissent toutes nos racines et nos feuilles alimentaires. Il n’y a que chez les sélectionneurs et les multiplicateurs de semences qu’on a conscience de ce fait car ça pose un problème de demander à des plantes de produire des fruits ou des graines alors qu’elles n’ont pas été sélectionnées pour cela. La plupart de ces espèces sont indigènes et souvent leur ancêtre sauvage pousse encore dans nos contrées ( carotte, panais, betterave, poireau, mâche, etc.).

Remarquons au passage, qu’il y a très peu de légumes fleur et qu’en général, l’Homme ne consomme pas les fleurs. Les fleurs, il les regarde, il les hume ; les fleurs s’adressent plutôt à l’âme des convives et sont présentes sur la table pour leurs qualités esthétiques (bouquet de fleur, linge de table à fleurs imprimées ou brodées, pétales de fleur sur un plat de crudités).

1 - Les particularités des plantes potagères 2 - Le processus de retenus
3 - Le passé : la domestication des plantes potagères 4 - La domestication, une voie d’avenir
A télécharger

L'intégralité de la conférence : Les Spécificités des Plantes potagères, un autre regard sur leur domestication.pdf

Bibliographie

Couplan François, Styner Eva. 1994. Guide des plantes sauvages comestibles et toxiques. Delachaux et Niestlé. 415 p.

Hallé Francis. 1999. Eloge de la plante. Le Seuil. 340 p. Coll. Science ouverte ou coll. Le Point science.

MCBD, 2001. Quelle éthique pour la sélection des plantes cultivées ? 71 p. Edité par le Mouvement de Culture Biodynamique. 5 place de la Gare, 68000 – Colmar.

Pitrat et Foury, 2003. Histoire de légumes. INRA. 410 p.

Autre ouvrage recommandé :

  • Goethe. 1790. La métamorphose des plantes. Editions Triades. 1999. 367 p. Avec une longue introduction de R. Steiner sur la méthode goethéenne d’étude du vivant.

 

Liens

AFCEV - Association Française pour la Conservation des Espèces Végétales

FRB - Fondation pour la recherche sur la biodiversité

BRG - Bureau des Ressources génétiques

INH - Institut National d'Horticulture

Librairie
L’Agriculture biodynamique, une culture du vivant
SARL Germinance,
4 impasse du Gault - 49150 BAUGÉ-EN-ANJOU
Tel : 02 41 82 73 23 - Fax : 02 41 82 86 48 | contact | Infos légales | conditions de vente
Demeter Qualité France