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2 - Le processus de retenue

Chez la plupart des plantes cultivées, l’Homme s’est contenté de leur faire faire en plus gros ou en plus savoureux ce qu’elles font naturellement en tant que plantes sauvages : des feuilles ( mâche, épinard ), des fruits charnus ou des graines ( solanacées, graminées, légumineuses ) ; il n’en est pas du tout de même chez certaines plantes potagères, les plantes racine et certaines plantes feuille comme le chou ou la laitue : l’Homme les a amenées à faire ce qu’elles ne font pas dans la nature et qui ne leur est d’aucune utilité apparente : ex. la tige renflée du chou rave, la pomme du chou et de la laitue, etc.. Quel est le processus qui a alors permis de passer de la plante sauvage à la plante cultivée ?

Eh bien, c’est un processus qu’on peut qualifier de ‘’retenue’’. C’est un processus qui existe déjà chez les plantes à fleurs à deux moments de leur existence. D’une part chez les plantes bisannuelles : au lieu de préparer tout de suite leur tige florale, ces plantes élaborent une rosette de feuilles, tige dont les entre nœuds sont réduits au minimum ce qui leur permet de différer la floraison à l’année suivante.

D’autre part, au moment de la floraison : les feuilles apparaissent successivement le long de la tige au fur et à mesure qu’elle s’allonge. Puis il y a le bouton floral, moment de retenue, puis d’un seul coup, l’éclosion simultanée de toutes les pièces florales qui sont en fait chacune des feuilles transformées. Dans une fleur composée de 20 pièces florales, on a là 20 entrenœuds resserrés, tassés, en un point. C’est ce principe de retenue de la tige que l’on trouve dans la pomme du chou qui est en fait une rosette perchée à 20 cm au dessus du sol. C’est encore ce principe que l’on retrouve, moins visible, dans la feuille frisée du chou de Milan, de la laitue batavia ou du persil où l’on a une retenue au niveau du pétiole ou des nervures qui sont le prolongement du principe tige au niveau de la feuille. Ce processus de retenue va de pair avec une accumulation d’eau et de substances : les feuilles ( laitue ) ou les pétioles ( fenouil ) deviennent charnus.

En outre, du fait de l’emboitement des feuilles, on constate que la plante s’ouvre moins aux influences de l’environnement, qu’elle est moins modelée par le lieu où elle vit et que ses feuilles sont donc moins différenciées dans la forme qui reste embryonnaire. La figure XX montre les principaux stade de développement de la laitue cultivée et d’une laitue sauvage qui lui est apparentée. On voit bien que, du fait de la retenue, la laitue cultivée forme une rosette bien développée alors que c’est une plante annuelle et que la laitue sauvage commence à monter dès le deuxième stade. La retenue se traduit aussi par une ramification plus tardive de la tige florale. Le croquis montre aussi clairement la différence entre les feuilles découpées de la laitue sauvage, plus ou moins selon les conditions de l’environnement ( eau, lumière ), et les feuilles rondes, à caractère embryonnaire, de la laitue cultivée ( voir illustration feuilles de laitue sauvage et cultivée ci jointe ).

On peut décrire ce fait autrement : comme l’a bien montré Francis Hallé dans un ouvrage récent ( Hallé, 1999 ), la plante se construit essentiellement dans un espace à une ou à deux dimensions : la tige est une droite, la feuille un plan. Par contre, l’animal se construit selon trois dimensions, c’est un ‘’petit volume mobile’’. Il est intéressant de constater que la plante, à partir de la floraison, se déploit dans un espace à trois dimensions. Là, la plante s’approche du règne animal, devient légèrement animale ; elle s’adresse aux animaux à travers des odeurs, des couleurs et c’est ce qui explique qu’à ce niveau se développent ces relations de partenariat entre elles et des animaux qui assurent la pollinisation. Ce que l’Homme a su faire faire aux plantes potagères dont nous parlions, c’est donc d’élaborer un organe à trois dimensions dans un domaine qui est fondamentalement à une ou à deux dimensions.

On peut donc dire que ces racines et ces feuilles sont quasiment des fruits ; elles en ont le volume, la couleur, l’arôme, la ‘’chair’’ ( carotte, betterave ) et sont souvent, comme les fruits, l’aboutissement d’un processus de maturation, processus qualitatif qui s’accomplit davantage dans le temps que dans l’espace. C’est à juste titre que l’on parle, en français de la ‘’pomme’’ du chou ou de la laitue. Tout ceci me fait dire qu’en dernier ressort, l’homme ne mange, en fait, quasiment que des fruits et des graines quand il consomme des végétaux. Revenons au principe de retenue : on peut dire que, d’un certain point de vue, ce qui distingue l’homme de l’animal, c’est justement la retenue : l’animal est soumis à ses désirs et à ses instincts qu’il doit satisfaire immédiatement ; seul l’homme, en particulier l’homme éduqué, bien ‘’élevé’’, sait se retenir et différer l’assouvissement d’un besoin ou d’une envie. C’est aussi cette retenue que l’on constate déjà au cours du développement embryonnaire ou post embryonnaire chez l’homme quand on le compare à celui des animaux : l’homme reste plus longtemps indifférencié, il se retient de toute spécialisation à l’inverse de ce que fait chaque espèce animale et, de ce fait, il est le plus polyvalent de tous les êtres vivants, il peut s’adapter à toute situation.

On peut donc formuler l’hypothèse qu’il y aurait un lien entre cette retenue chez l’homme et cette retenue chez les plantes potagères les plus évoluées et ce lien serait l’alimentation, tout particulièrement quand l’Homme consomme ces légumes ; elle permettrait ou favoriserait ou renforcerait cette modération particulière à l’homme.

Notons encore que ces plantes cultivées, grâce à l’homme et pour l’homme, font un pas de plus dans l’évolution puisqu’elles élaborent un organe qu’elles n’élaborent pas à l’état sauvage, un ‘’fruit’’ qui ne contient pas de semence. C’est pourquoi, ce sont, me semble-t-il, les plantes avec lesquelles l’Homme a tissé les liens les plus étroits.

1 - Les particularités des plantes potagères 2 - Le processus de retenus
3 - Le passé : la domestication des plantes potagères 4 - La domestication, une voie d’avenir
A télécharger

L'intégralité de la conférence : Les Spécificités des Plantes potagères, un autre regard sur leur domestication.pdf

Bibliographie

Couplan François, Styner Eva. 1994. Guide des plantes sauvages comestibles et toxiques. Delachaux et Niestlé. 415 p.

Hallé Francis. 1999. Eloge de la plante. Le Seuil. 340 p. Coll. Science ouverte ou coll. Le Point science.

MCBD, 2001. Quelle éthique pour la sélection des plantes cultivées ? 71 p. Edité par le Mouvement de Culture Biodynamique. 5 place de la Gare, 68000 – Colmar.

Pitrat et Foury, 2003. Histoire de légumes. INRA. 410 p.

Autre ouvrage recommandé :

  • Goethe. 1790. La métamorphose des plantes. Editions Triades. 1999. 367 p. Avec une longue introduction de R. Steiner sur la méthode goethéenne d’étude du vivant.

 

Liens

AFCEV - Association Française pour la Conservation des Espèces Végétales

FRB - Fondation pour la recherche sur la biodiversité

BRG - Bureau des Ressources génétiques

INH - Institut National d'Horticulture

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