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3 - Le passé : la domestication des plantes potagères

Ce que nous avons constaté précédemment nous laisse penser que le processus de domestication des plantes potagères est le fruit d’un travail intentionnel basé sur une connaissance profonde non seulement des plantes, des espèces botaniques et de leurs possibilités, mais aussi des besoins alimentaires de l’Homme.

A titre d’exemple prenons les trois espèces potagères qui ont été aussi sélectionnées comme plantes fourragères pour les animaux : la betterave, la carotte et le chou. Chez les trois, on constate que les paysans – sélectionneurs ont ‘’travaillé’’ les plantes de deux manières différentes selon leur destination. Pour les animaux, ces plantes ont été sélectionnées pour donner des produits quantitativement abondants : les plantes sont plus grandes, leurs racines plus volumineuses ( chou fourrager/ chou frisé ; carotte fourragère/ carotte potagère ). Des plantes pour nourrir avant tout le corps physique, pour activer sa croissance, et l’engraisser. Pour l’Homme, par contre, c’est l’aspect qualitatif qui a été privilégié : couleur, arômes, sucres. Des aliments qui nourrissent son corps, mais aussi, via les sens de la vue et de l’odorat, son âme et son esprit. C’est moins le cas depuis une cinquantaine d’années, depuis que les professionnels de la sélection se sont chargés de ce travail car ils ont davantage pris en compte des critères techniques favorables à leur activité propre ( hybridité ) et à celle de leurs clients maraîchers ( homogénéité, précocité, productivité et plus récemment résistance aux maladies ).

Si le travail de domestication des plantes était le fruit du hasard, comme le soutiennent de nombreux sélectionneurs, comment expliquer aussi le choix que les Hommes ont fait, parmi des milliers d’espèces sauvages ? Dix familles botaniques rassemblent à elles seules l’essentiel des plantes potagères, en proportions variables selon les régions du globe ; elles n’ont certainement pas été choisies par hasard : pourquoi ces familles et pas d’autres ? Ces familles ont-elles des caractéristiques communes ? Qu’est-ce qui les distingue des autres familles ? Et, dans chaque famille, pourquoi ces espèces et pas d’autres ? Qu’est-ce qui les distingue des autres espèces de ces mêmes familles ?

Comment l’homme des siècles passés, considéré comme frustre parce qu’illétré, a t-il fait pour percevoir qu’une espèce donnée avait en elle des possibilités non exprimées ? On peut légitimement se poser la question quand on considère des plantes sauvages comme le chou maritime et la betterave maritime. Leur goût est vraiment très fort et vraiment éloigné de celui des choux et betteraves que l’on connait.

En outre, le processus d’’’amélioration’’ a vraisemblablement duré des siècles et donc ceux qui l’ont commencé n’en ont jamais vu le résultat. Prenons bien conscience du fait qu’actuellement la situation du sélectionneur est toute différente : il a devant lui des plantes domestiquées, tout à fait comestibles, qu'il souhaite ‘’améliorer’’. A ces époques passées, ce n’était pas du tout le cas.

Enfin, si la domestication est un travail qui ne demande aucune connaissance particulière, comment se fait-il que, depuis des siècles, quasiment aucune nouvelle espèce potagère n’ait été domestiquée ?

Revenons à la question des familles pour proposer quelques pistes de réflexion. D’un côté nous avons les plantes fruit-graine : les cucurbitacées, les haricots et les pois qui sont d’authentiques plantes grimpantes donc des plantes qui poussent dans les haies ou en lisière de bois et qui apprécient une situation mi-ombragée. On pourrait y adjoindre la tomate.

D’un autre côté, nous avons les plantes racine et feuille : la plupart appartiennent à cinq familles botaniques seulement : les alliacées ( = liliacées ), les brassicacées ( = crucifères ), les apiacées ( = ombellifères ), les chénopodiacées et les astéracées ( = composées )

Il me semble que ces familles sont souvent plutôt des familles encore en pleine évolution, encore plastiques ; ce ne sont pas des familles bien fixées, figées. Ce qui se traduit par des difficultés de systématique, des sous-espèces, des croisements interspécifiques ( cucurbitacées, brassicacées ).

On trouve, par exemple, cette famille extraordinaire, le sommet de l’évolution des plantes à fleurs dicotylédones, la famille des astéracées qui nous donne des fleurs à la puissance deux ou à la puissance trois, une famille chez laquelle on retrouve comme une récapitulation des caractéristiques de nombreuses autres familles ( certaines caractéristiques des apiacées se retrouvent dans les achillées, celles des papavéracées dans les laitues, celles des chénopodiacées dans les armoises, etc.. ). Une famille qui sait tout faire : des plantes racine, des plantes feuilles, de plantes fruit-graine ( graines condimentaires ) tout sauf des fruits charnus ; mais l’Homme a su leur apprendre à en faire mais au niveau de la racine ( carotte, céleri ), ou de la pomme ( laitue, chicorée ). Ce n’est d’ailleurs pas un hasard si on retrouve dans cette famille ce caractère de non spécialisation, de jeunesse, d’adaptabilité dont nous avons parlé précédemment.


Quant aux espèces choisies, à l’état sauvage, ce sont plutôt des plantes de milieu ouvert et baigné de lumière, qu’on trouve encore de nos jours en bord de route, par exemple ( chicorée, carotte, fenouil ). Milieu qui n’est pas nécessairement sec puisqu’elles peuvent provenir de bord de marécage ( céleri ) ou du bord de la mer ( chou, betterave, crambé ). Ce sont souvent aussi des plantes qui poussent seules ou en petites troupes et rarement en grandes communautés comme les graminées et légumineuses prairiales et que je qualifierais donc de ‘’fortes personnalités’’. Des plantes pionnières, robustes, rustiques, rudérales parfois.

Pratiquement pas de plantes vivaces, mais beaucoup de bisannuelles donc des plantes qui, on l’a vu, ont des aptitudes naturelles à la retenue.

Enfin, les espèces potagères se caractérisent souvent par une grande plasticité qui va de pair avec une forte vitalité : chez elles, c’est davantage le pôle végétatif que le pôle reproduction qui domine, y compris chez les plantes fruit ou graine : pensons aux fruits charnus et riches en chlorophylle des légumineuses potagères, aux innombrables variétés d’aubergines et de tomates, de courges et de potirons. Chez ces deux dernières, même la graine est plastique, saisie par les forces végétatives, et varie d’une variété à l’autre. Pensons aux nombreux types variétaux et aux innombrables variétés chez les brassicacées, en particulier chez le chou bien entendu.

Dernière remarque sur laquelle nous reviendrons plus loin : toutes ces plantes n’ont pas été domestiquées, transformées avec autant d’intensité. D’un côté, nous avons des plantes assez proches du type sauvage ( pissenlit, mâche, oseille, arroche, pourpier ) et de l’autre, nous avons des plantes qui ont subi de profondes transformations ( laitue, chou, carotte, betterave, etc.).

Non, ce n’est certainement pas par tâtonnement, par hasard, que de nombreuses générations de paysans, ont conduit certaines plantes sauvages vers ces authentiques chefs-d’œuvre que sont la plupart de nos variétés potagères. Au contraire, ils ont su les choisir avec discernement et les ont cultivées, améliorées, ‘’élevées’’ au-dessus de leur nature sauvage grâce à une connaissance incontestablement très profonde des lois du vivant dont nous avons probablement perdu une grande partie.

Mais alors qui a fait ce travail ? De simples paysans ? Des hommes avertis ? Des prêtres ou des chamanes ? A ces époques, la science, au sens où on l’entend aujourd’hui, n’existait pas. Science, art et religion formaient un tout indivisible. Aussi, l’hypothèse des prêtres ou des chamanes me semble la plus plausible. Il reste aussi à savoir comment ils ont procédé. Dans quel but ? Le travail d’avenir dont nous parlerons plus loin pourrait aider à répondre à ces questions.

1 - Les particularités des plantes potagères 2 - Le processus de retenus
3 - Le passé : la domestication des plantes potagères 4 - La domestication, une voie d’avenir
A télécharger

L'intégralité de la conférence : Les Spécificités des Plantes potagères, un autre regard sur leur domestication.pdf

Bibliographie

Couplan François, Styner Eva. 1994. Guide des plantes sauvages comestibles et toxiques. Delachaux et Niestlé. 415 p.

Hallé Francis. 1999. Eloge de la plante. Le Seuil. 340 p. Coll. Science ouverte ou coll. Le Point science.

MCBD, 2001. Quelle éthique pour la sélection des plantes cultivées ? 71 p. Edité par le Mouvement de Culture Biodynamique. 5 place de la Gare, 68000 – Colmar.

Pitrat et Foury, 2003. Histoire de légumes. INRA. 410 p.

Autre ouvrage recommandé :

  • Goethe. 1790. La métamorphose des plantes. Editions Triades. 1999. 367 p. Avec une longue introduction de R. Steiner sur la méthode goethéenne d’étude du vivant.

 

Liens

AFCEV - Association Française pour la Conservation des Espèces Végétales

FRB - Fondation pour la recherche sur la biodiversité

BRG - Bureau des Ressources génétiques

INH - Institut National d'Horticulture

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