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4 - La domestication, une voie d’avenir

Les plantes potagères, un patrimoine à transmettre ? Actuellement, l’avenir de nos plantes potagères est sérieusement menacé et si l’on prend ce colloque lui-même pour objet d’étude, il est intéressant de se demander pourquoi il n’est prévu aucune intervention sur le thème de l’impact des biotechnologies sur ce patrimoine. C’est pourtant, le concernant, l’événement majeur de ces vingt dernières années. Car pendant que l’attention du public et des média se focalise sur les OGM de maïs, de soja et de coton, toutes les espèces potagères d’importance économique sont soumises aux biotechnologies… dans la plus grande discrétion. Les variétés de légumes que nous commençons à consommer, que nous risquons de consommer quotidiennement demain, se préparent activement dans les laboratoires de biotechnologies – et tout particulièrement à Angers au sein de cette coalition de laboratoires publics et privés, de centres d’enseignement et de recherche que l’on appelle le Pôle Végétal.

Quand on connaît la conception mécaniste du vivant qui sous-tend ces travaux, quand on a compris que ce qui est au centre de ces recherche c’est avant tout le résultat économique, on ne peut qu’être inquiet. Quelles conséquences à long terme pour notre équilibre alimentaire déjà fragilisé par les techniques de l’agro-alimentaire ? Quelles conséquences à long terme sur l’évolution de notre santé physique et mentale ? Domination de la nature, violation de ses lois que l’on ne cherche plus à comprendre, simplification abusive de la réalité génétique, par exemples, voilà ce qu’on enseigne le plus souvent aux jeunes passionnés de nature qui se tournent vers des études agronomiques ou biologiques et en qui on tue tout idéal et toute passion pour le vivant.

Je n’insiste pas plus car je voudrais surtout préciser qu’une toute autre orientation est possible et qui place l’humain au cœur de ses préoccupations. Mais qui demande en préalable l’abandon de l’idée d’asservissement des plantes aux désirs des hommes pour la remplacer par l’idée de respect des êtres vivants. Je ne ferai qu’en esquisser les grandes lignes mais les jeunes générations pourront y trouver des thèmes de recherche passionnants qui les occuperont leur vie durant.

Depuis près de vingt ans, en Suisse et en Allemagne, des agriculteurs pratiquant l’agriculture biodynamique , une approche de l’agriculture basée sur une conception élargie et respectueuse du vivant, sont devenus des sélectionneurs. Ils ont pris à contre pied tous les travaux actuels d’’’amélioration’’ des plantes. Ils ont choisi de prendre pour critère de sélection numéro un la valeur alimentaire et gustative des légumes et, pour second critère, leur adaptation aux conditions de culture de l’agriculture biologique et biodynamique ( sol nourri par la matière organique, respect des cycles naturels, absence de tout pesticide ). Les premières variétés de carottes, de choux, etc. ont été inscrites au catalogue officiel allemand par leur association, Kultursaat, qui gère collectivement les variétés obtenues par ces paysans sélectionneurs et qui rémunère leur travail. Ce travail a d’ailleurs été initié en Suisse, il y a près de cinquante ans par un maître jardinier méconnu, Ilmar Randuja.

Ce n’est pas tout. Plus récemment, certains d’entre eux se sont mis à la recherche de nouvelles méthodes d’amélioration des plantes, de méthodes pour modeler les plantes sans intervenir sur leur génome. Avec bien moins de ressources financières que les laboratoires de biotechnologie, ils étudient comment l’expression des plantes, leur développement, leurs caractéristiques, sont modifiés par certains facteurs de leur environnement : influence des saisons de culture ( dates de semis précoces ou tardives ), influence de certains sons joués devant les semences imbibées d’eau juste avant le semis, influence de la voix humaine, influence des rythmes planétaires en particulier au moment du semis, etc.. Ils étudient aussi bien entendu comment ces modifications se transmettent à la descendance.

Par ailleurs, nous avons précédemment montré que le processus de domestication était à peine entamé pour certaines espèces. Beaucoup pensent que la domestication c’est du passé. Je pense au contraire que ce travail doit être poursuivi. Pourquoi ne pas collaborer avec la mâche par exemple, qui pourrait peut-être un jour nous donner de délicieuses pommes de mâche. Les feuilles de leur rosette, plus ou moins relevées en forme de coupe, les feuilles en coquille de certaines variétés, nous laissent penser que ces plantes ont, en elles, de telles possibilités. Tournons-nous vers le pissenlit, plante particulièrement plastique, et qui pourrait peut-être un jour être forcée en cave pour fournir de délicieux chicons. Ou bien vers le salsifis dont les boutons floraux sont si sucrés.

Il est tout aussi probable que la domestication de nouvelles espèces puisse être envisagée. Tout n’a pas été exploré dans ce domaine. Souvent les plantes cultivées se sont approchées progressivement de l’homme qui les a apprivoisées. De plantes sauvages anonymes, elles sont devenues des plantes de cueillette, des plantes alimentaires, des plantes condimentaires ou des plantes médicinales. Elles sont devenues des plantes compagnes puis des plantes cultivées. Je suis sûr que parmi elles, certaines feraient d’excellentes candidates à la domestication : l’ortie dioïque par exemple, la consoude, le chénopode, le plantain, la mauve, la petite pimprenelle, la berce spondyle, la bourrache, la laitue vivace, le laiteron, la bardane, etc... On peut trouver des pistes intéressantes en consultant les travaux de François Couplan sur les plantes sauvages comestibles (Couplan, 1994).

Le processus de domestication n’est pas terminé. Il est encore en cours et nous pouvons en être les acteurs. Saurons-nous comme nos lointains ancêtres, élever encore davantage ces plantes dont nous avons hérité ? Saurons-nous remarquer et éveiller les aptitudes qui dorment encore en elles ? Saurons-nous domestiquer avec autant de clairvoyance de nouvelles espèces botaniques ? Tout dépend des soins attentionnés que nous voudrons bien offrir à ces plantes fascinantes.

1 - Les particularités des plantes potagères 2 - Le processus de retenus
3 - Le passé : la domestication des plantes potagères 4 - La domestication, une voie d’avenir
A télécharger

L'intégralité de la conférence : Les Spécificités des Plantes potagères, un autre regard sur leur domestication.pdf

Bibliographie

Couplan François, Styner Eva. 1994. Guide des plantes sauvages comestibles et toxiques. Delachaux et Niestlé. 415 p.

Hallé Francis. 1999. Eloge de la plante. Le Seuil. 340 p. Coll. Science ouverte ou coll. Le Point science.

MCBD, 2001. Quelle éthique pour la sélection des plantes cultivées ? 71 p. Edité par le Mouvement de Culture Biodynamique. 5 place de la Gare, 68000 – Colmar.

Pitrat et Foury, 2003. Histoire de légumes. INRA. 410 p.

Autre ouvrage recommandé :

  • Goethe. 1790. La métamorphose des plantes. Editions Triades. 1999. 367 p. Avec une longue introduction de R. Steiner sur la méthode goethéenne d’étude du vivant.

 

Liens

AFCEV - Association Française pour la Conservation des Espèces Végétales

FRB - Fondation pour la recherche sur la biodiversité

BRG - Bureau des Ressources génétiques

INH - Institut National d'Horticulture

Librairie
L’Agriculture biodynamique, une culture du vivant
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