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Un jardin est un être vivant

Oui, un véritable jardin, comme une plante ou un animal, doit être conçu comme un véritable être vivant.

Comme tout être vivant, votre jardin est, ou deviendra, un organisme qui a une vie intérieure, sa vie propre, son autonomie. Il est composé, lui aussi, d’organes en interaction les uns avec les autres. Il se distingue du monde environnant par un 1er organe, par une peau. Par cette peau, il n’est pas coupé du monde extérieur mais il échange, avec lui, dans les deux sens (donner et recevoir) ; il respire. En fait, votre jardin a besoin de deux peaux :

La première, autour de lui : un jardin exposé à tous les vents n’est pas vraiment un jardin. Cette peau ne doit être ni trop mince, ni trop épaisse pour permettre les échanges avec le monde environnant ; ni trop haute, ni trop basse (vous constaterez vite que ce principe de l’équilibre entre deux extrêmes est une des caractéristiques de la vie, ce principe vous guidera dans vos choix) : ce peut être une haie, une bande boisée, surtout du côté des vents froids, un talus, un petit bois, etc…. Un mur risque d’être trop étanche sauf s’il est du côté du nord dans les régions froides. Cette peau permet au jardin de conserver en lui, été comme hiver, un microclimat relativement stable, plus stable que celui du monde qui l’entoure.

La seconde peau, entre la terre et le ciel, c’est le sol, la terre arable, vivante grâce à l’humus. Cette peau nécessite des soins car c’est par elle que se font les échanges entre le haut, l’atmosphère, et le bas, le sous-sol (échanges d’eau, d’air, de chaleur et même de lumière ) : il faut l’entretenir par des sarclages, la brosser ou la gratter par des binages, la nourrir. C’est cette peau qui permet au sol de respirer. Et on comprend que, de ce point de vue, la végétation puisse être considérée comme la chevelure de la Terre ainsi que l’ont exposé Rudolf Steiner, le fondateur de l’agriculture biodynamique, et certains poètes : cette chevelure aussi, il faut en prendre soin et parfois la tondre !
Comme tout être vivant, un jardin évolué est constitué de différents organes qui ont chacun un rôle à jouer et qui sont en relation les uns avec les autres. Plus les organes sont nombreux, plus l’organisme jardin est complexe, plus il est vivant et stable : il se maintient lui même en bonne santé et résiste mieux aux épreuves telles que les aléas climatiques (sècheresse, tempête, excès d’eau, etc.). Si, par exemple, une tempête abat un arbre dans la haie, le trou dans la haie, cette blessure, se cicatrisera probablement d’elle-même, et, peu après, un nouvel arbre aura remplacé l’ancien qui se décomposera.
L’organisme-jardin, comme tout être vivant, abrite sous sa peau différents organes qui ont chacun une ou plusieurs fonctions vitales. Quels sont les différents organes qui composent un jardin ?

 

  • D’abord le sol, on l’a vu, qui doit être bien vivant contrairement au sous sol minéral. Le sol respire, le sol abrite une faune et une flore variées : comme notre intestin, avec sa flore, le sol digère la matière organique. Le sol évolue dans le temps en fonction des soins que vous lui donnez et des plantes que vous y faites pousser : le sol est le fruit du travail des racines dans le sous sol : sans plantes il n’y a pas de sol, ou bien il meurt.
  • Ensuite, très utile au sol, le compost, dans un coin abrité et calme : le compost est, lui aussi, une sorte d’appareil digestif de votre jardin. Le compost attire toute une faune variée et utile : des crapauds, des orvets, des couleuvres, etc… aussi il est bon de ne pas y aller trop souvent et d’éviter d’y aller en compagnie de votre tondeuse. Laissez donc les arbustes et les grandes herbes y pousser librement autour.
  • Une zone sauvage, où vous allez rarement, avec quelques arbres et arbustes, est aussi un organe utile au jardin : vous pouvez y installer, en automne, un tas de branchages et de feuilles mortes qui servira d’abri au hérisson et à ses amis. Certaines plantes timides s’y installeront. Cette zone convient très bien pour accueillir les tas de compost, de feuilles mortes, etc…
  • On a ensuite les différents organes végétaux que sont les différentes cultures : le potager, bien sûr est un de ces organes, mais aussi, la pelouse, les massifs de fleurs, le coin des plantes condimentaires, aromatiques et médicinales (le jardin bouquetier comme disait joliment Olivier de Serres) qui rayonne dans tout le jardin par sa simple présence, mais aussi par ses parfums, sans oublier le verger, les haies, etc…
  • Enfin les organes animaux que sont les animaux sauvages d’une part (oiseaux, insectes, petits mammifères, etc…), et les animaux domestiques de l’autre : les poules, les lapins, les canards, un âne ou un cheval, quelques moutons, sans oublier les abeilles. Chacun a sa place, chacun a sa tâche, même le chat chargé de veiller sur les populations de rongeurs.
  • Vous voyez que tous les règnes de la nature sont présents et vivent en bonne harmonie, s’entraidant bien plus que ne le laisse supposer la fameuse loi de la lutte pour la vie ! N’oublions pas le dernier organe, capital : la tête ! ! La tête de cet être vivant, c’est bien sûr celle du jardinier qui contemple, observe, réfléchit, imagine et finalement décide. Il apprend à travailler avec la nature et non pas contre elle. Il n’impose pas ses choix au jardin, mais tient compte du sol, du climat, de l’orientation, etc…Ainsi s’établit peu à peu dans le jardin un climat de paix, de bonne entente et de fructueuse collaboration.

Remarque : dans la nature, il y a toujours un équilibre entre la flore et la faune. Dans le jardin aussi il faut arriver à cet équilibre : bien souvent la place réservée aux animaux, tout particulièrement les ruminants, est insuffisante. La nature peut alors être amenée à remédier à ce déséquilibre par des animaux sauvages : insectes dits parasites (pucerons), taupes ou mulots, oiseaux, lapins. Il est bon d’avoir au jardin quelques animaux : par exemple quelques poules naines dont le rôle est de gratter le sol pour en éliminer certains insectes et des graines d’adventices. Elles reçoivent dans leur enclos des déchets du jardin ou du ménage qu’elles trient (insectes, graines), affinent, mélangent de telle sorte qu’il n’y a plus qu’à mettre ce mélange en tas pour avoir, en quelques mois, si possible avec l’aide des préparations biodynamiques, un excellent compost. Elles nous offrent en outre quelques douzaines d’œufs. Si on ne peut vraiment pas avoir, chez soi, quelques animaux, il faut, chaque année, apporter au jardin du fumier bio par l’intermédiaire du compost.

Veillez aussi toujours à un bon équilibre entre les 4 éléments : terre / eau / air - lumière / feu – chaleur. Pour l’eau, une mare sera un nouvel organe de votre jardin qui attirera de nouvelles plantes et de nombreux animaux qui viendront y boire ou s’y baigner ; sinon, vous pouvez installer une fontaine, ou des vasques vives. En ce qui concerne l’air, ce sont surtout les haies qui, selon leur orientation, leur épaisseur, et leur hauteur permettront d’adoucir les vents trop violents. Pour la lumière, veillez à un bon équilibre entre l’ombre et la lumière en toute saison et à toute heure, ce qui n’est pas toujours facile.

Plus un milieu est varié, équilibré, plus il est autonome, plus il est stable et durable : c’est une loi de la vie. Un tel jardin crée sa propre fertilité. Les différents organes sont en relation entre eux. Ils s’entraident. Petit à petit il y a moins de ‘’mauvaises herbes’’, qui sont là, entre autre, pour rétablir les déséquilibres du sol, moins de parasites, qui sont là pour la même raison (par exemple, les pucerons, en cas d’excès de sève par temps humide et couvert). Les plantes aussi s’entraident : les plantes condimentaires ou aromatiques rayonnent autour d’elle des influences favorables ; les arbres aussi (un noyer par exemple ne rayonne pas de la même manière qu’un sapin ou qu’un tilleul).

Chaque être vivant a un rôle à jouer, une tâche à accomplir dans la symphonie du jardin et le jardinier en est le chef d’orchestre. Le jardinier veille à freiner ce qui est excessif, encourager ce qui est faible, harmoniser l’ensemble. Il n’impose pas ses choix, mais se tient à l’écoute, observe, dialogue.

Comme tout être vivant, petit à petit le jardin acquiert une vie propre. Il a une naissance, il se développe, il évolue. Il peut aussi mourir. Il acquiert une individualité qui est le reflet des conditions locales et des choix du jardinier. Quand les jardins sont ainsi conduits il n’y a pas deux jardins identiques : chacun a sa personnalité. Quand un jardin acquiert ainsi sa personnalité propre, il résiste mieux aux problèmes venant du monde extérieur (aléas climatiques, pollutions, etc … ). Il a alors, en toutes saisons, beaucoup de charme. Il est accueillant ; on y est bien et il donne sans trop d’efforts de bons produits. On peut dire, alors, qu’il a une âme.

François Delmond – août 2003
Article paru en mars 2006 dans le hors série n° 8 de la revue Biodynamis
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